Voilà bien longtemps que je suis restée muette. Faut-il que ce soit grave pour n’avoir plus rien à dire. Comment ajouter des paroles au flot de discours entendus et lus depuis la tuerie du Bataclan. Bravo aux orateurs qualifiés capables de garder leur calme et prononcer, sans s’effondrer, les mots qu’il faut dans le but de consoler de l’inconsolable. Je m’incline devant ces parents qui ont perdu leur enfant, leur femme, mais trouvent le courage de refuser à leurs assassins la satisfaction d’avoir engendré leur haine et brisé leur vie. J’ai été épargnée, et suis infiniment reconnaissante, mes enfants sont vivants, pourtant j’avoue ! La haine a envahi mon cœur, ma conscience, mon corps. Révolte. Pulsions. Bouffées. Peu importe le mot, je voudrais partir en guerre, et l’arme au poing tirer à bout portant sur les salauds qui en guise de remerciement pour avoir été nourris, logés, scolarisés par leurs pays d’adoption, assassinent leurs compatriotes parce qu’ils n’obéissent pas aux lois de leur religion d’origine que la France, férue de sentiments délicats, leur a pourtant laissé la liberté de pratiquer. Oui je hais ces criminels, leur lâcheté, leur cruauté, leur répugnante ingratitude, et leurs visages, par la morphologie, identiques, qui crèvent ponctuellement l’écran de la télé. Oui ! Ils méritent vengeance et sanction.
Cependant, «les autres existent», on les côtoie tous les jours, ceux qui travaillent, usent modérément des allocations, sympathiques et bien élevés, les musulmans qui se taisent. J’en connais beaucoup, en Belgique ou en France, Marocains, Algériens, Tunisiens, des gens avec lesquels j’ai partagé de longues journées de travail en plein ramadan, la petite jeune dont je suis de près la carrière dans la police ; notons aussi le dévouement inconditionnel de prestataires de service à qui nous confions en toute quiétude la garde de nos vieux parents, de nos jeunes enfants, et j’admire de toute mon âme ce père de religion musulmane qui a eu la force morale de vouloir dénoncer son fils terroriste à la police.
ll y a un « mais » d’importance. Bien que ces personnes craignent l’amalgame avec leurs coreligionnaires meurtriers, à la question essentielle : – Si un jour la charia est imposée par un gouvernement Musulman, que ce soit en France ou en Belgique, quelle serait leur réaction ? – Tous répondent qu’ils ne peuvent renoncer à leur dogme et désobéir à la loi canonique islamique.
Une soumission qui remet en cause notre laïcité. L’avenir de nos enfants est en grand danger. J’ai peur.
